Un compost qui pourrit ne composte pas : il fermente. La différence tient à un seul facteur, la présence ou l’absence d’oxygène au cœur du tas. Quand les micro-organismes aérobies (ceux qui ont besoin d’air) travaillent, la matière organique se transforme en humus stable, sans odeur forte. Quand l’oxygène manque, ce sont des bactéries anaérobies qui prennent le relais, produisant du méthane, de l’hydrogène sulfuré et cette odeur caractéristique d’œuf pourri.
Comprendre cette bascule entre décomposition aérobie et putréfaction anaérobie permet de corriger le problème à la source, sans vider le bac ni tout recommencer.
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Fermentation anaérobie dans le compost : le mécanisme de la pourriture
Le compostage repose sur une chaîne d’organismes qui décomposent la matière organique en présence d’air. Bactéries, champignons, puis macro-organismes (vers, cloportes) se relaient pour fragmenter les déchets et les convertir en humus. Ce processus dégage de la chaleur, ce qui explique qu’un compost actif soit tiède au centre.
Quand l’air ne circule plus, cette chaîne s’effondre. Les bactéries anaérobies, qui prospèrent sans oxygène, prennent le dessus. Leur métabolisme produit des composés soufrés et des acides organiques volatils. Le compost ne se décompose plus : il pourrit.
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L’odeur d’œuf pourri signale toujours un manque d’oxygène, pas un excès de déchets ou un problème de température. C’est le premier diagnostic à poser avant toute intervention.

Tontes de gazon et excès d’eau : les deux déclencheurs les plus fréquents
Parmi toutes les matières qu’on ajoute au composteur, la tonte de gazon fraîche est la cause la plus courante de pourriture. L’herbe fraîche contient une très forte proportion d’eau et se tasse rapidement en une couche compacte et imperméable. Cette couche chasse l’air du tas et crée les conditions parfaites pour la fermentation anaérobie.
Le résultat est visible en quelques jours : une masse visqueuse, un jus noir au fond du bac et une odeur tenace. Ajouter de la tonte en couches épaisses sans la mélanger revient à sceller le compost sous un bouchon humide.
L’eau stagnante aggrave le problème
Un composteur sans drainage correct accumule l’eau de pluie ou le jus de décomposition. Cette eau remplit les espaces entre les matières, là où l’air devrait circuler. Le tas se noie littéralement.
Le test de référence reste celui de la poignée : prenez une poignée de compost et serrez-la. Si du liquide coule entre vos doigts, le mélange est trop humide. Si la poignée se tient en boule sans couler, le taux d’humidité est correct. Si elle s’effrite, le compost est trop sec (un problème différent, mais qui peut aussi mener à la pourriture par un chemin détourné, expliqué plus bas).
Compost trop sec puis réhydraté brutalement : le piège des fortes chaleurs
Ce mécanisme est moins connu mais de plus en plus fréquent avec les épisodes de canicule. Pendant une période de chaleur intense, le compost se dessèche. L’activité microbienne s’arrête faute d’humidité. Le tas semble simplement inactif.
Le problème survient au premier orage ou au premier arrosage copieux. L’eau pénètre d’un coup dans une matière sèche et compacte, sans que l’air puisse reprendre sa place. Le compost bascule directement d’un état desséché à un état détrempé et anaérobie. La pourriture s’installe en quelques jours.
Pour éviter ce scénario, il faut maintenir une humidité régulière pendant les périodes chaudes (arrosages légers et fréquents plutôt qu’un apport massif) et brasser le tas avant de le réhumidifier pour recréer des poches d’air.
Équilibre matières azotées et carbonées : le ratio qui empêche la putréfaction
Les matières organiques qu’on ajoute au composteur se classent en deux catégories fonctionnelles :
- Matières azotées (vertes) : épluchures de fruits et légumes, tontes de gazon, restes de repas végétaux, marc de café. Elles sont riches en eau et se décomposent vite, mais produisent beaucoup d’humidité
- Matières carbonées (brunes) : feuilles mortes, branchages broyés, carton non imprimé, paille, copeaux de bois. Elles sont sèches, absorbent l’excès d’eau et structurent le tas en maintenant des espaces d’aération
- Un compost sain nécessite un apport régulier des deux types, avec une proportion plus importante de matières brunes que de vertes pour garantir l’aération et absorber l’humidité
Quand le bac ne reçoit que des épluchures et des tontes, il accumule de l’azote et de l’eau sans structure. Le manque de matières carbonées est la cause structurelle de la plupart des composts qui pourrissent. Garder un sac de feuilles mortes ou de branchages broyés à côté du composteur pour en ajouter à chaque apport vert résout le problème à la source.

Corriger un compost en putréfaction : méthode par étapes
Un compost déjà en pourriture n’est pas perdu. La correction repose sur trois actions simultanées qui visent à réintroduire de l’oxygène et rééquilibrer le mélange.
Commencez par brasser le tas en profondeur avec une fourche. L’objectif est de casser les couches compactes et de ramener au centre les matières périphériques. Ce brassage réintroduit mécaniquement de l’air dans la masse.
Ajoutez ensuite une quantité généreuse de matières sèches et structurantes : branchages broyés, feuilles mortes, carton déchiré en morceaux. Ces matières absorbent l’excès d’eau et créent des interstices où l’air peut circuler.
Enfin, si le compost est gorgé d’eau, étalez-le quelques heures à l’air libre par temps sec avant de le remettre dans le bac. Cette étape permet d’évacuer l’excès d’humidité plus rapidement qu’un simple brassage.
- Brasser à la fourche une à deux fois par semaine pendant les premières semaines de correction
- Ajouter des matières brunes à chaque nouvel apport de déchets de cuisine
- Vérifier l’humidité avec le test de la poignée après chaque brassage
- Si le composteur n’a pas de trous d’aération latéraux, en percer plusieurs pour améliorer la ventilation passive
Un compost qui chauffe à nouveau après brassage indique que l’activité aérobie a repris. L’odeur de terre forestière remplace progressivement l’odeur de pourriture en une à trois semaines selon les conditions.
La pourriture du compost n’est jamais un échec définitif. C’est un signal d’anaérobiose, corrigeable dès qu’on rétablit la circulation d’air et l’équilibre entre matières humides et matières sèches. Le réflexe le plus fiable reste d’ajouter du brun à chaque apport vert, sans attendre que le problème apparaisse.

